Affaire Kilifeu-Simon, présumés financements de Diack : Y en a marre, dans la mare ?

by SÉNÉGAL ÑOO FAR

Porté sur les fonts baptismaux en 2011, le mouvement Y en marre a gagné bien des combats, notamment contre le régime de Me Wade, en contribuant à la « conscientisation » des jeunes Sénégalais. Mais aujourd’hui, il semble « couler », suite aux scandales présumés dans lesquels une bonne partie de ses membres est impliquée.

Dans un entretien avec la revue « Cairn », en février 2012, Fadel Barro, alors coordonnateur du mouvement, déclarait ceci : «Y en a marre, c’est un mouvement apolitique, un mouvement citoyen, un mouvement qui regroupe la jeunesse sénégalaise, qui a été initié par des rappeurs et des journalistes, pour exprimer le ras-le-bol face à l’injustice sociale, la corruption et la mal gouvernance. C’est un mouvement qui est né, après avoir fait le constat que dans ce pays, le Sénégal, on vivait 20 heures de coupures d’électricité et les gens ne faisaient rien. Alors, à un certain moment, on s’est dit que nous les jeunes, il fallait qu’on s’engage. Qu’on s’engage pour rompre avec le fatalisme, pour rompre avec le laxisme, qu’on s’offre en exemple, qu’on s’offre en remède, si jamais le pays souffre d’une plaie, qu’on soit le médicament (…).»

Résister au temps est toujours difficile, et le célèbre mouvement Y en a marre commence à l’apprendre à ses dépens. Jadis, ce grand et séduisant mouvement de contestation avait contribué à faire reculer Abdoulaye Wade, avec son fameux ticket présidentiel. Y en a marre avait aussi pesé de tout son poids électoral, en conscientisant les jeunes à voter contre le PDS, par les campagnes de porte-à-porte et des slogans comme «Faux pas forcer».

Toutefois, le collectif semble avoir perdu de sa superbe, aujourd’hui. Le mouvement est moins percutant.

En effet, depuis quelques jours, il est éclaboussé par une rocambolesque affaire de trafic de passeports présumé pour laquelle les rappeurs Kilifeu et Simon, membres du noyau dur de ce groupe, sont arrêtés.

Ainsi, après le rappeur de Kaolack, cueilli mardi dernier par la Division des investigations criminelles (Dic), son « ami » Simon est aussi dans de beaux draps, d’après la presse de ce jour. Leur avocat, Me Khoureychi Ba, a déclaré, ce vendredi, que ces derniers devraient être confrontés. Pendant ce temps, iRadio rapporte que Cyrille Oumar Touré alias « Thiate » est également recherché par la police.

En attendant d’y voir plus clair, leurs frères d’armes sont, jusque-là, emmurés dans un silence assourdissant.

Supposés financements «occultes» de Lamine Diack

Mais en regardant dans le rétroviseur, l’on rappelle qu’il y a quelques années, une autre affaire d’argent avait également éclaboussé le mouvement, lui portant un sacré coup.

Le 18 décembre 2015, «le Monde a publié des extraits des procès-verbaux de l’audition de Lamine Diack, montrant que le mis en cause présumé a fait des aveux complets. L’ancien patron de l’athlétisme mondial (1999-2015) condamné le 15 septembre 2020 à 4 ans de prison pour corruption passive – pour le versement de pots-de-vin par des athlètes russes et pour le financement des campagnes sénégalaises par la Russie – «a effectivement financé, entre 2009 et 2012, des hommes politiques – à l’exception de Macky Sall, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng – mais aussi des mouvements citoyens comme Y en a marre. Et sur ce point précis, des traces existent».

Après quelques mois, Fadel Barro s’insurgeait : «Ce n’est pas vrai ! La réalité est que le mouvement Y en a marre n’a bénéficié d’aucun soutien financier, lorsqu’il s’est agi de se lever pour lutter pour l’émergence d’une démocratie forte dans ce pays. D’abord, à la naissance de Y en a marre, on était sept personnes. On est parti sans argent. On est parti avec notre ferme volonté de changement ; notre fort attachement aux institutions de ce pays. Nous nous sommes opposés à la modification de la Constitution (…).»

L’ancien coordonnateur dudit mouvement ajoute : « Ensuite, nous nous sommes opposés à un troisième mandat d’Abdoulaye Wade. A l’époque, personne ne soutenait le mouvement Y en a marre. Les seuls soutiens que nous avons obtenus sont ceux des Sénégalais qui ont répondu à notre appel ; qui sont venus se mobiliser à nos côtés.»

Mais au-delà de ces présumés scandales, Y en a marre est également fortement « concurrencé » par la percée des leaders d’opinion comme Guy Marius Sagna de Frapp/France dégage, Karim Xrum Xaxx de Nittu Deug et d’autres nouveaux acteurs politiques, à l’image du Pastef d’Ousmane Sonko qui, il faut le dire, gagnent de plus en plus du terrain.

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